L’Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem à Amboise : une léproserie médiévale devenue tradition hospitalière
Introduction
Sur les bords de la Loire, la ville d’Amboise n’est pas seulement connue pour son château royal ou pour avoir accueilli les derniers jours de Léonard de Vinci : elle porte aussi, depuis le Moyen Âge, l’empreinte d’une tradition hospitalière presque millénaire, celle de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem. Une léproserie placée sous le vocable de saint Lazare y est attestée dès le XIIIe siècle. Aujourd’hui, la délégation d’Amboise, rattachée au Prieuré provincial de Touraine, perpétue cet héritage de charité et d’entraide. Voici son histoire.
Aux origines de l’ordre : une léproserie fondée aux portes de Jérusalem
L’histoire de l’ordre de Saint-Lazare commence bien avant Amboise, à Jérusalem. Avant même les croisades, un hôpital dédié aux lépreux existait hors des murs de la Ville sainte, sous le vocable de saint Lazare, l’ami que le Christ ressuscita et dont le nom devint le symbole de l’assistance aux malades les plus rejetés de leur temps. Cet établissement, desservi par des moines suivant la règle de saint Basile, dépendait à l’origine de la juridiction des patriarches grecs melkites de Jérusalem.
Lorsque les croisés arrivent en Terre sainte à l’extrême fin du XIe siècle, l’hôpital Saint-Lazare accueille pèlerins, croisés et chevaliers atteints de la lèpre. Une règle veut même que tout chevalier d’un autre ordre religieux-militaire venant à contracter la maladie soit accueilli parmi les frères de Saint-Lazare : c’est ainsi que l’ordre, à l’origine purement hospitalier, se dote progressivement d’une vocation militaire, ses chevaliers lépreux combattant aux côtés des autres ordres jusqu’à la chute du dernier bastion latin d’Orient, Saint-Jean-d’Acre, en 1291.
Dès 1154, le roi de France Louis VII avait offert à l’ordre le château de Boigny, près d’Orléans, qui deviendra sa commanderie magistrale et le siège du Grand Maître après le repli d’Orient. Placé ensuite sous la protection héréditaire des rois de France à partir de 1308, l’ordre de Saint-Lazare essaime alors à travers tout le royaume sous forme de commanderies et de maladreries locales, chargées de soigner les lépreux et d’assister les voyageurs.
Une léproserie à Amboise, attestée dès 1207
C’est dans ce mouvement de fondations hospitalières que s’inscrit l’établissement d’Amboise. Les travaux d’archéologie médiévale menés sur la Touraine ont recensé pas moins de 56 léproseries et maladreries dans la région entre le VIe et le XVIe siècle, souvent situées aux abords des villes les plus importantes — Tours, Chinon, Loches… et Amboise. Selon les recherches de l’historien François-Olivier Touati, une léproserie est mentionnée à Amboise dès 1207, dans un acte de Sulpice, seigneur d’Amboise — vraisemblablement Sulpice III, qui gouvernait alors la seigneurie et devait, quelques années plus tard, fonder également l’abbaye de Moncé.
Ce document est précieux : il confirme qu’Amboise, ville étape sur la Loire et carrefour de circulation entre Tours, Blois et le Berry, disposait déjà au début du XIIIe siècle d’un établissement dédié à l’accueil des malades placés sous la protection de saint Lazare — conformément à l’usage de l’époque, qui voulait que ces maisons soient implantées à la périphérie des agglomérations, à l’écart des habitations mais assez proches pour que les lépreux puissent y recevoir l’aumône des passants.
Comme pour la plupart des maladreries médiévales, les siècles n’ont malheureusement pas été tendres avec les archives et les bâtiments de la léproserie d’Amboise : guerre de Cent Ans, guerres de Religion, puis disparition d’une grande partie des sources hospitalières lors de la Révolution française ont considérablement appauvri la documentation dont nous disposons aujourd’hui sur son fonctionnement précis et sa localisation exacte. Il n’en demeure pas moins que la mention de 1207 inscrit durablement Amboise dans la géographie hospitalière de l’ordre de Saint-Lazare en Touraine. Si Vous voulez en savoir plus voir cette page sur la complète histoire de l’ordre de Saint-Lazare et aussi cet article sur l’histoire de Saint-Lazare de Jérusalem.
Amboise, terre de la Touraine hospitalière
Cette présence ancienne n’est pas isolée : la Touraine tout entière comptait, dès le Moyen Âge, un réseau dense de maisons de lépreux, preuve d’une région urbanisée et active, où le commerce fluvial sur la Loire côtoyait les grands itinéraires de pèlerinage. Amboise, résidence de seigneurs puissants avant de devenir résidence royale à la fin du XVe siècle, s’inscrivait pleinement dans cette dynamique d’assistance aux malades et aux plus pauvres, portée par l’Église et par les ordres hospitaliers-militaires nés des croisades.
Une tradition qui se perpétue aujourd’hui
Après la Révolution, qui met fin aux biens et privilèges de l’ordre en France, la tradition chevaleresque et hospitalière de Saint-Lazare n’a pas disparu : elle a traversé le XIXe et le XXe siècle pour retrouver, aujourd’hui, une organisation en prieurés, commanderies et délégations à travers le monde, fidèle à sa vocation d’origine : venir en aide aux malades et aux plus démunis.
C’est dans cette filiation que s’inscrit la délégation d’Amboise, au sein du Prieuré provincial de Touraine. Fidèles à l’esprit de leurs devanciers médiévaux, ses membres sont engagés localement dans des actions de solidarité et de mémoire : participation aux commémorations patriotiques, comme celle de l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle. Autant d’engagements qui, sous des formes renouvelées, prolongent la vocation hospitalière née il y a près de neuf siècles aux portes de Jérusalem.
Conclusion
De la léproserie mentionnée en 1207 dans un acte de Sulpice, seigneur d’Amboise, jusqu’aux actions de solidarité menées aujourd’hui par ses membres, l’histoire de l’ordre de Saint-Lazare à Amboise illustre la remarquable continuité d’une charité active, enracinée dans le temps long de l’histoire tourangelle. La délégation d’Amboise, au sein du Prieuré provincial de Touraine, perpétue cet héritage, fidèle à la devise de l’ordre : Atavis et Armis — par ses ancêtres et par les armes — au service des malades et des plus démunis.
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